Le modèle coopératif permet de faire jouer l’entraide et la solidarité des acteurs de l’imagerie médicale.

10-05-2021

Après 10 ans passées en fusion-acquisition, Amélie Libessart a renoué avec ses attaches familiales en rejoignant le Groupe Vidi, 1er groupe national d’imagerie médicale, en tant que directrice générale opérationnelle. Rencontre avec cette dirigeante passionnée, qui a concouru au succès de son réseau.

 

Entretien avec la FCA (Fédération du Commerce Coopératif et Associé) : Vous êtes arrivée au sein du Groupe Vidi en 2017. Quel est votre parcours ?

Amélie Libessart : Je baigne depuis le plus jeune âge dans le secteur de la radiologie. Mon père et mon oncle étaient radiologues, mon frère l’est aujourd’hui, ma mère était directrice de centre. Diplômée d’HEC en 2006, j’ai démarré ma carrière en fusion-acquisition pendant 10 ans. J’ai ensuite décidé en 2017 de rejoindre le secteur de l’imagerie médicale. J’ai eu l’occasion de rencontrer le Comité de Direction de la CGIM (Compagnie Générale d’Imagerie Médicale), ancien nom de Vidi, qui avait l’intention de monter un projet de réseau coopératif de groupe d’imagerie qui conserverait l’indépendance de ses membres. Et ils m’ont fait confiance en m’en confiant les rênes !

Cette création correspondait-elle à un besoin spécifique du marché ?

A.L. : L’idée de créer ce réseau vient des radiologues, qui étaient initialement organisés en 14 centres de radiologie indépendants au moment de la création de la CGIM, et ont souhaité monter ensemble un réseau coopératif pour faire face aux menaces du marché. L’imagerie médicale est un secteur très convoité par des acteurs financiers qui souhaitent acquérir des structures d’imagerie ou l’outil de travail des radiologues pour des raisons lucratives. Le terreau fertile à cette création a finalement été la crainte d’être, comme les biologistes avant eux, contraints de vendre à ces acteurs financiers et c’est le modèle coopératif qui leur a semblé le mieux correspondre à leurs besoins.

Quelles sont les spécificités du groupement ?

A.L. : Nous avons un positionnement unique sur notre marché, inspiré de celui des autres acteurs de la FCA. Nous sommes un très jeune groupement , un “bébé” dans le monde coopératif, et regardons avec admiration les autres groupements présents depuis des décennies. Dans notre secteur, ce fonctionnement coopératif nous différencie des autres acteurs ce qui nous a permis de passer de 14 centres à 52 en moins de 4 ans ! Les autres acteurs cherchent à « racheter » les autres groupes d’imagerie médicale. Nous souhaitons nous les renforcer, développer et mettre en avant la notion de « radiologues entrepreneurs », des radiologues qui soient de vrais décideurs à part entière.

Votre vision du modèle coopératif a-t-elle évolué ?

A.L. : En vivant ce modèle au quotidien, je prends conscience de sa puissance. Je vois aussi la façon dont nos groupes de radiologie apprécient les avantages du modèle. Ils nous rejoignent bien souvent en premier lieu pour partager cette mission de défense de leur indépendance mais également pour faire des économies sur leurs achats, et ils découvrent systématiquement rapidement ensuite la plus-value du modèle coopératif et tous les avantages dont ils vont pouvoir bénéficier, notamment en termes de réactivité, de performances, de professionnalisme, mais aussi et surtout de partage d’expériences, de mise en relation avec des pairs. Il y a une absence totale de concurrence entre les adhérents qui amène une situation saine dans les relations, dans le mode de fonctionnement. Le modèle coopératif permet de faire jouer l’entraide et la solidarité entre eux. Chacun des 52 groupes de radiologie adhérent à VIDI a une innovation ou un succès à partager.

Le modèle coopératif permet de faire jouer l’entraide et la solidarité des acteurs de l’imagerie médicale.

Quel rôle avez-vous joué dans le développement ?

A.L. : J’ai eu la chance d’arriver au démarrage de cette aventure en 2017. Le Comité de Direction m’a recrutée au poste de Directrice Opérationnelle pour mettre en œuvre le concept qu’ils avaient imaginé. En parallèle de la mission de développement du réseau, j’ai ainsi créé les services de Vidi un par un, avec beaucoup de pragmatisme et surtout de proximité avec nos radiologues, cadres, manipulateurs et secrétaires. C’est le service de centralisation des achats qui a été le premier disponible, car la particularité dans le secteur de la radiologie est d’avoir un volume d’achat très significatif, avec des équipements très couteux. A titre indicatif, un appareil d’IRM peut coûter plus d’1 million d’euros et nous avons à présent 2 personnes dédiées à ce service. Une fois ce volume d’achat mis en commun, nous parvenons à obtenir des tarifs très intéressants, permettant de réaliser de véritables économies pour nos adhérents.

Un premier chantier qui en a appelé d’autres…

A.L. : Exactement. En année 2, j’ai développé un service lié à la communication car il est essentiel pour les groupes de radiologie aujourd’hui d’être visibles et attractifs vis-à-vis de leurs différentes parties prenantes : patients, médecins correspondants, radiologues, salariés, tutelles… J’ai d’abord souhaité rebaptiser le groupe en l’appelant « VIDI », qui signifie « voir » en latin. Un nom symbolique qui illustre bien le rôle du radiologue situé au cœur du parcours de soins du patient. Le métier de radiologue est en effet un métier très complet qui va du dépistage jusqu’à l’interventionnel. Nous sommes ensuite entrés dans une démarche de communication interne et externe beaucoup plus assidue, en travaillant sur l’identité globale de VIDI et en travaillant la notoriété de notre réseau avec nos membres. Fort d’une équipe de 3 personnes à la communication, nous accompagnons à présent nos groupes pour qu’ils soient présents sur les canaux digitaux et qu’ils offrent à leurs patients des parcours digitalisés et simplifiés.

Notre positionnement est celui de l’excellence, excellence des soins rendus aux patients en premier lieu avec un souci de l’accessibilité, mais également confort d’exercice pour inviter les jeunes radiologues qui sortent de l’hôpital et qui n’ont pas forcément de notions du monde libéral à rejoindre nos groupes. Nous leur proposons d’ailleurs un accompagnement adapté à leurs besoins. Nous proposons aussi en parallèle un catalogue de formations à destination des groupes adhérents. Nous souhaitons dans les mois qui viennent renforcer davantage ce volet. La démarche qualité est un des enjeux prioritaires à l’avenir. Même si la grande majorité de nos groupes sont déjà labellisés, nous cherchons à promouvoir en interne ces démarches qualité d’amélioration continue.

Quels sont les projets en cours et à venir ?

A.L. : 2020 a été l’année du lancement de TéléVidi, un nouveau service de téléradiologie sur le marché au positionnement disruptif. Dans les hôpitaux, vous avez en effet aujourd’hui 45% des postes de radiologie qui sont vacants, avec une grande difficulté à recruter, rendant la situation très complexe au sein des services d’imagerie . Grâce à cette offre, des groupes de radiologie de proximité se proposent de prendre en charge à distance et en présentiel une partie de la patientèle. Les diagnostics sont alors réalisés au sein de leurs cabinets ce qui permet des standards qualité très élevés. Et cette solution s’adresse également aux petits cabinets d’imagerie de proximité qui rencontreraient temporairement des problématiques de pénurie médicale, elle fonctionne ainsi déjà en intra-Vidi.

Parmi les projets d’avenir, nous avons engagé les premiers travaux pour deux principaux projets :

L’intelligence artificielle : nous ne pouvons pas aujourd’hui exercer le métier de radiologue sans s’intéresser à l’IA. Nous pouvons encore améliorer la qualité des diagnostics grâce à cet outil, pour lequel nous souhaitons contribuer à son émergence et se l’approprier rapidement afin d’améliorer davantage la qualité de notre offre. Nous avons à cet effet signé un partenariat avec une startup, fondée par un radiologue, pour tester si nous parvenons à développer nos propres algorithmes.

Autre projet majeur, l’amélioration des outils informatiques utilisés par les radiologues, pour lesquels une mutualisation sera extrêmement intéressante, notamment en termes de sécurité. Les établissements de santé sont effectivement souvent la cible de hackers, et quand l’informatique ne fonctionne pas dans un cabinet de radiologie c’est toute l’organisation qui se retrouve défaillante.

La crise sanitaire a-t-elle impacté votre secteur, votre groupe ?

A.L. : Bien sûr, malgré la belle croissance que nous avons connue, notre fonctionnement a été fortement impacté, notamment dans la région Grand-Est, où de nombreux radiologues ont été très mobilisés. Les cabinets ont aussi dû faire de gros efforts d’organisation, face aux difficultés de personnel ou d’approvisionnement du matériel. Sur ce point VIDI a été un véritable soutien en permettant de sécuriser les approvisionnements, en apportant notamment des équipements de protection individuels en période tendue. Cette période a aussi permis de développer des groupes d’échange qui ont très bien fonctionné, pour prendre des mesures très rapides en matière de communication, de réouverture ou d’organisation.

Une des principales difficultés fut la transformation de nos échanges et rendez-vous réguliers en réunions vidéo, qui s’éloignent de l’esprit de famille qui anime le groupement et ses membres. Ces moments traditionnels de convivialité font normalement partie de la vie d’un réseau, et ce fut difficile de s’en passer. Nous avons habituellement 3 grandes réunions annuelles, dont une réunissant nos 930 radiologues adhérents. Nous regrettons de ne pas avoir pu profiter de ce temps d’échange et de rencontre si important et apprécié au sein de notre réseau. La croissance de VIDI a toutefois été régulière, et cela représente pour nous une réelle satisfaction malgré les difficultés rencontrées.